Sophie Fontanel : ‘Mes cheveux blancs m’ont fait entrer dans la lumière’

C'est l'histoire d'une femme qui s'invente jour après jour, d'une petite fille qui se vivait en vilain petit canard et qui devient, la cinquantaine passée, un cygne immaculé.


C’est l’histoire d’une femme qui s’invente jour après jour, d’une petite fille qui se vivait en vilain petit canard et qui devient, la cinquantaine passée, un cygne immaculé. Sophie Fontanel est romancière et journaliste de mode, oeuvrant à « L’Obs » après des années à ELLE. Drôle, tendre et singulière, elle se met en scène sur Instagram, devenant un personnage très suivi de la galaxie de la mode (près de 120 000 followers). Le thème d’un de ses livres était l’abstinence sexuelle (« L’Envie », éd. Robert Laffont). « Une apparition », chez le même éditeur, narre les conséquences d’une décision intime : cesser d’enfouir ses cheveux blancs sous la teinture. Sophie Fontanel fait de cette anecdote une épopée universelle : celle de l’invention de soi, de la conquête de la beauté et, contre toute attente, de la séduction. Questionnant le tabou des cheveux blancs pour les femmes, ce roman relate une métamorphose aussi visible qu’intérieure, une renaissance.

ELLE. Vous et la teinture, c’était une longue histoire…

Sophie Fontanel. Oui. À l’âge de 15 ans, une large mèche blanche est apparue sur ma tête. À 27 ans, on m’a conseillé de la teindre sur le mode « ça te rajeunirait ». Je l’ai fait, comme si ça ne se refusait pas. J’ai compris que c’était une erreur, cela m’a éteint le visage, mais j’ai persisté. Quand j’ai eu plus de cheveux blancs, je l’ai fait plus souvent. Pourquoi ? J’avais l’impression que sinon cela aurait été trop horrible…

ELLE. Pourquoi avoir décidé d’arrêter ?

S.F. J’étais en vacances, je venais de quitter ELLE, j’avais 53 ans et un petit coup de mou. Les racines blanches dans le miroir ne m’ont pas remonté le moral. Ce matin-là, j’ai vu apparaître à la terrasse d’un café une femme élégante, avec une allure et une superbe incroyables… et les cheveux entièrement blancs. Cela a été le déclic.

ELLE. Fin de la tyrannie de la teinture ?

S.F. On en parle peu, mais c’est compliqué, la teinture : la couleur vire, le cheveu est beau au début mais beaucoup moins après… Et surtout les racines reviennent toujours, comme une humiliation. Comme une chose qui devrait rester cachée. Des tas de produits existent, des espèces de craies, de mascaras, de pâtes qui permettent de tenir entre deux teintures… Mais alors il ne faut pas qu’un homme vienne mettre ses mains là-dedans !

ELLE. Beaucoup vous ont conseillé de poursuivre les colorations, comme votre amie Ines de la Fressange qui pensait qu’il y a « une politesse à se teindre les cheveux ».

S.F. Les réactions autour de moi ont été si passionnées qu’elles m’ont donné beaucoup de courage. J’ai compris que c’était un point sensible universel pour les femmes. Ines a écrit sur Instagram : « Followers du monde entier, empêchez-la, idée absurde ! » Pour elle j’étais folle, comme si moi qui n’étais pas mariée, j’allais ruiner toutes mes chances de trouver l’amour !

ELLE. Dans l’imaginaire collectif, une femme aux cheveux blancs renonce à séduire…

S.F. Je raconte au contraire comment cela m’a permis d’entrer dans une forme de lumière. Comme le blond platine, le blanc prend très bien la lumière : dans la rue, dans une foule, on est repérée, on devient visible. Et c’est complètement dingue, mais, contrairement à ce que l’on imagine, les hommes vous regardent. Il faut savoir que beaucoup d’entre eux trouvent cela beau ! J’ai fait l’expérience d’apparaître à mes propres yeux, mais aussi dans le regard des autres.

ELLE. C’est une forme de thérapie plus profonde qu’elle n’en a l’air ?

S.F. Oui, parce que les cheveux blancs, c’est l’arrêt d’un mensonge. C’est une quête de vérité dans tous les aspects de la vie. C’est une nudité qui oblige à être soi, sans tricher. Que reste-t-il de nous lorsque nous vivons des modifications aussi spectaculaires sur notre physique ? J’ai traversé des peurs terribles. Ce n’est pas un livre sur une femme qui arrête de se teindre, mais plutôt sur une femme qui découvre un monde délicieux, par exemple la baignade, alors qu’elle ne s’était jamais baignée.

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ELLE. Instagram fait partie de la cure ?

S.F. Notre société est très narcissique, notamment sur Internet, et généralement nous trouvons cela affreux… Mais on oublie souvent que c’est aussi une manière de combler des déficits de narcissisme. Enfant et ado, je ne faisais pas partie de celles qui avaient une beauté socialement reconnue. J’ai dû partir à sa conquête.

ELLE. Vous n’étiez pas considérée comme belle par votre mère…

S.F. Non, elle ne pouvait pas me mentir ! Et puis elle se pâmait dès que mon frère entrait dans une pièce : « Mon Dieu qu’il est beau ! » Moi, j’étais l’intelligente. Enfant, j’ai passé quelques semaines chez ma grand-mère. Quand je suis revenue à la maison, ma mère s’est dit : « C’est incroyable ce qu’elle louche et ce qu’elle est moche ! » J’aurais préféré évidemment qu’elle porte un autre regard sur moi. Adolescente, j’aimais aller danser, mais elle était mère célibataire, sûre que si sa fille couchait avec un garçon elle reviendrait enceinte et que ce serait la catastrophe. Elle faisait donc en sorte que je n’aie pas trop confiance en moi. Les failles narcissiques ne sont pas rationnelles, c’est un vertige intime.

ELLE. Assumer ses cheveux blancs, c’est aussi s’affranchir des injonctions sociales dominantes, une manière d’inventer sa liberté ?

S.F. Bien sûr. Si on cherche à tenir compte de tous les critères de beauté existants, on est foutues ! Laisser pousser ses cheveux blancs, c’est arriver en plein désert. À part Françoise Hardy ou Christine Lagarde, il n’y a pas de modèles. C’est un eldorado de liberté qui permet de se mettre en vérité avec soi-même.

ELLE. Vous sentez-vous féministe ?

S.F. Oui si l’on touche au droit de se faire avorter, au droit de vote, au salaire égal. Mais je suis convaincue que l’on ne peut pas libérer les femmes si on ne libère pas aussi les hommes. Certaines féministes sont parfois d’une violence inouïe contre les hommes. Si l’on veut que ça bouge, il faut au contraire beaucoup de tendresse… Et quand certaines disent qu’il faudrait se libérer des injonctions à la féminité, je pense que chacun fait en fonction de son histoire. Moi, j’ai mis cinquante ans à arriver à être féminine, c’est ma victoire !

ELLE. Qu’avez-vous découvert sur vous-même ?

S.F. Les cheveux blancs m’ont attendrie, ils m’ont rendue plus douce. Et je sais aussi, c’est palpable, que les hommes voient quelque chose de différent de moi. Faire l’expérience de ce pouvoir de séduction m’a rendue très humble. Cette mise à nu me renforce. D’ailleurs, je n’ai plus aucun problème à me mettre nue, comme je l’ai fait sur Instagram pour fêter mes 100 000 followers !

ELLE. Comment le milieu de la mode, parfois très vache, a-t-il perçu votre métamorphose ?

S.F. C’est un monde qui a ses codes, parfois durs avec ceux qui n’ont pas de look. Mais quand on assume à 100 % ce que l’on est, on y trouve une grande liberté et une immense tolérance. Avant, j’étais complètement transparente devant les photographes. Maintenant, ils ne me ratent pas, et je suis arrêtée par tous les chasseurs de look… Devenir une égérie, c’est hilarant !

ELLE. Vous êtes en train de devenir une icône ?

S.F. Pour moi c’est un avènement. Rien ne peut me faire plus plaisir, parce que je me suis entièrement construite grâce à des modèles. Je ne serais pas la même personne s’il n’y avait pas eu Greta Garbo, Fanny Ardant dans « Les Dames de la côte », Audrey Hepburn ou Katharine Hepburn. Elles m’ont aidée, elles m’ont portée, elles m’ont donné du courage. Alors, quand à Ipanema, au Brésil, une fille m’arrête dans la rue en disant « je vous suis sur Instagram », j’en bave de joie !

  • Envisagez-vous d’assumer vos cheveux blancs ?

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