Assassinat du syndicaliste Farhat Hached: 65 ans après


65 ans ont passé depuis l’assassinat de Farhat Hached, le 5 décembre 1952. Militant politique, fondateur de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), Farhat Hached demeure une figure emblématique du syndicalisme et un héros du mouvement national pour l’indépendance.

Comme chaque année, la centrale syndicale commémore l’anniversaire de la mort de son fondateur et organise une cérémonie pour lui rendre hommage. La commémoration a démarré, un jour à l’avance, par un rassemblement devant le siège de l’UGTT, à la place de Mohamed Ali.

Une cérémonie officielle a été, par ailleurs, organisée ce mardi à la Kasbah en présence du président de la République, Beji Caid Essebsi, du chef du gouvernement Youssef Chahed, du président de l’Assemblée des représentants du peuple Mohamed Ennaceur, du secrétaire général de l’Union Générale Tunisienne du Travail (UGTT) Noureddine Tabboubi, ainsi que des membres du bureau exécutif de l’Union et des représentants de quatre partis, Nidaa, El Massar, Afek Tounes et Machrou Tounes. Les présents ont récité la fatiha à la mémoire du martyr Farhat Hached et déposé une gerbe de fleurs au pied de son mémorial.

Ensuite, le secrétaire général de l’UGTT, accompagné de quelques membres du bureau exécutif ont été à la demeure de la veuve de Farhat Hached puis sont allés au cimetière d’El Jallaz pour réciter la fatiha sur les tombes des martyrs de la Tunisie dont celles de Chokri Belaid, Mohamed Brahmi et Salah ben Youssef.

Une stèle commémorative en mémoire du martyr Farhat Hached sera, également, érigée par Taboubi à Sfax, sa région natale dans l’après-midi.

Qui est Farhat Hached?

Fils de marin, originaire de l’île de Kerkennah, employé dans une société de transport à 26 ans, il prend l’initiative en 1944, avec d’autres syndicalistes, de fonder un syndicat tunisien autonome. Il commence par “l’Union des syndicats libres du Sud” à Sfax avant de créer en 1945 l’Union des syndicats indépendants du Nord, à Tunis .

De cette fusion est née l’Union générale tunisienne du travail, lors du congrès du 20 janvier 1946. À 32 ans seulement, il est élu à l’unanimité premier secrétaire général de la nouvelle centrale.

Dès le départ, il place le nationalisme au cœur des revendications de l’UGTT. Les appels à l’indépendance commencent à apparaître lors de la première grève générale décrétée par le syndicat, en août 1947, contre la présence coloniale française. À l’époque, la répression féroce du régime colonial avait fait 26 morts.

De leader syndical, Farhat Hached devient un leader du mouvement de libération nationale. Il s’attèle alors à améliorer les relations de l’UGTT avec les partis politiques tunisiens. En 1951, au cours du quatrième congrès de l’UGTT, il présente le programme économique de la future Tunisie indépendante.

Très vite, Farhat Hached acquiert une grande notoriété sur le plan international, aussi bien en tant que fervent défenseur des droits des travailleurs et également en tant que militant anticolonialiste.

L’assassinat

En janvier 1952, après l’arrestation de plusieurs leaders de l’indépendance, dont Habib Bourguiba, Farhat Hached se retrouve en première ligne et prend la tête du mouvement de libération.

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Mais l’activisme du syndicaliste dérange plusieurs groupuscules extrémistes français. La Main Rouge, une milice colonialiste soupçonnée d’être en lien avec les services secrets français, menace de mort le syndicaliste. Il devient alors l’homme à abattre en raison du danger qu’il représente pour les intérêts de la colonisation française en Afrique.

Le 5 décembre 1952, des inconnus ouvrent le feu sur sa voiture sur la route de Radès. Blessé à l’épaule et à la main, il est pris dans une première voiture pour être secouru. Cependant, ses assaillants arrivent dans un deuxième véhicule, et l’achèvent d’une balle en pleine tête. Son corps sera retrouvé sur la voie publique, à quelques kilomètres de là.

À l’annonce de sa mort, une série de manifestations et d’émeutes a lieu dans plusieurs villes du pays mais aussi à l’étranger comme en Egypte, au Maroc, en Algérie et en Inde.

“La main rouge” responsable?

Mais l’enquête judiciaire se perd dans des instructions mal menées, sans avoir déterminé avec certitude la responsabilité de l’assassinat. En 1955, une enquête ouverte par le Résident général Hautecloque avait abouti à un simple non-lieu.
Et à l’indépendance, la France rapatrie les archives liées à l’investigation, empêchant ainsi la justice tunisienne d’ouvrir une procédure.

Or, selon les archives remis à la famille de Farhat Hached par le président François Hollande lors de sa visite d’État en Tunisie en juin 2013, un commando était venu spécialement de France pour surveiller le leader syndical.

Aujourd’hui, la famille porte plainte contre la France auprès de la cour européenne des Droits de l’Homme. Les documents prouveraient, selon elle, l’implication de l’État français dans l’assassinat du syndicaliste tunisien.

Le mystère est percée, selon Noureddine Hached

Noureddine Hached, fils du syndicaliste martyr Farhat Hached, qui prépare actuellement un ouvrage de quatre volumes retraçant le parcours de Hached et les circonstances de son assassinat avec des documents à l’appui, a affirmé au journal Al Chourouk qu’il détient désormais toute la vérité sur la mort de son père. Il a pointé du doigt l’État Français et a révélé qu’il connait également les identités et les adresses de toutes les personnes impliquées dans l’assassinat de son père.

Il a affirmé que tous les noms seront dévoilés après la publication de son livre en écartant l’implication de la main rouge dans cette affaire.

Hached a annoncé, d’autre part, qu’il aura recours à la justice tunisienne ainsi qu’à la justice internationale pour poursuivre les personnes impliquées dans le meurtre de son père.

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