C’est mon histoire : j’ai accouché avec mon ex


Publicité (en savoir plus)

Milan était prêt à pointer le bout de son petit nez quand la sage-femme nous demanda : « Où veut se mettre le papa ? Aux premières loges ou à côté de la maman ? » Xavier n’a pas répondu, tétanisé par l’arrivée imminente du bébé. Avec ce qu’il me restait d’humour après dix heures de contractions, j’ai répondu : « Le père, ça va être compliqué pour le faire venir… En revanche, Xavier, tu peux passer de l’autre côté si tu veux être le premier à voir la trombine de ton filleul. » Bide total : la sage-femme ne savait plus où se mettre et Xavier était muet. Ému comme je ne l’avais jamais vu auparavant. Milan lui couperait-il donc déjà la chique, à cette grande gueule ? Je n’en revenais pas. Xavier, mon lion, mon pilier, mon frère, mon ami… mon ex.

Xavier, l’amant

Xavier et moi nous étions rencontrés un été à l’orée de la trentaine. Comme à son habitude, et pour la plus grande joie de tous, il s’était incrusté dans ma bande de potes. Sa drôlerie et son énergie en faisaient le compagnon de bivouac idéal – et titillaient fortement l’esprit potache qui est le mien. Très vite, on a fait les quatre cents coups tous les deux. Très vite, on est tombés amoureux. Un an plus tard, on vivait ensemble. Notre appartement était ouvert aux quatre vents et toujours rempli de copains de passage. Peu à peu, Xavier et moi aussi sommes devenus copains, pour ne pas dire frère et soeur. Notre complicité était intacte. Quatre ans après notre rencontre, nous pouvions encore discuter des nuits entières ou rire à gorge déployée. Mais le désir, lui, s’était envolé sans prévenir. Son départ m’a sauté au visage l’année de mes 33 ans, quand j’ai voulu avoir un enfant. Faire l’amour était devenu une contrainte entre nous, d’autant plus forte pour lui qu’il ne voulait pas être père. Il me l’a lâché, comme ça, au cours d’une énième dispute suivant un énième câlin foireux. Ça a été le début de la fin. La mort dans l’âme, nous avons fini par nous séparer, conscients de ne pas avoir d’autre choix, puisque nous ne nous aimions plus, mais profondément tristes à l’idée de voir disparaître notre vie commune. Ayant grandi seul avec une mère très fragile, Xavier avait trouvé une famille d’adoption auprès de mes parents et de mes frères et soeurs. S’il ne voulait pas d’enfant à lui, il adorait ceux des autres en général, et mes neveux en particulier qui le lui rendaient bien. Notre séparation a eu l’effet d’un coup de tonnerre et n’a pas été acceptée. Mes neveux ont réclamé (et obtenu) la présence de Xavier à leurs anniversaires, puis aux fêtes de famille. Grâce à eux, on a continué se voir. De façon retenue au départ, mais, peu peu, nous avons trouvé notre place dans ce nouvel équilibre.

Xavier, l’ami

Un an après notre rupture, Xavier rencontrait une Espagnole, qui l’emmenait vivre de l’autre côté des Pyrénées. Je suppose que son départ a libéré l’espace nécessaire pour que, à mon tour, je puisse rencontrer quelqu’un. Mon désir d’enfant était toujours aussi présent, mais, entre un job très prenant et la fraîcheur de cette nouvelle histoire avec Eric, j’ai laissé filer le temps. Trois ans plus tard, nous sommes toujours ensemble et notre relation paraît solide. Les sirènes de la maternité se font de nouveau entendre, me rendant sourde au reste. Je n’entends pas les silences de mon compagnon, de plus en plus longs, je ne vois pas qu’il rentre de plus en plus tard à la maison… Un jour, Eric tombe amoureux d’une autre, me quitte. La déflagration est intense ! Une nouvelle fois, mes rêves de maternité s’écroulent. À 39 ans, je panique.

Je me mets à faire n’importe quoi. J’enchaîne fêtes et nuits blanches, je m’étourdis dans les bras d’amants de passage, et, bien évidemment, j’oublie régulièrement ma pilule. Ma chance, c’est que celui dont je tombe enceinte est un type bien, j’ai noué avec lui une relation honnête et bienveillante. Le test de grossesse en main, mon premier coup de fil est pour lui. « Mais, enfin, Emma, tu n’y penses pas, me dit Benoît. On n’est ni amoureux ni en couple, on ne peut pas élever un enfant ensemble… Et puis je n’ai absolument pas l’intention de devenir père maintenant. » Benoît est médecin humanitaire, souvent en mission dans des zones de conflit – pas tout à fait le genre à aller chercher son gamin à l’école avec un pain au chocolat. Nous restons une bonne heure au téléphone. Je pleure, il me console… Et finit par lâcher : « Garde-le, cet enfant. Tu le veux tellement. Je suis sûr que tu seras une très bonne mère. Je te promets de le reconnaître à sa naissance, et tu sauras toujours où je suis pour qu’il puisse me recontacter quand il aura 18 ans, si c’est ce qu’il souhaite. En revanche, d’ici là, ne compte pas sur moi pour quoi que ce soit d’autre. » Je reste sans voix. Je raccroche, bredouillant que j’ai besoin d’un peu de temps pour réfléchir. Benoît est fiable, je sais qu’il tiendra parole. Mais ce n’est pas ce que j’imaginais quand je rêvais de fonder une famille… Mon second coup de fil – un Skype, pour être précise – est pour Xavier. Complètement paumée, je déballe tout d’un trait et termine ma tirade sur « Pour une fois que je tombe enceinte, je vais devoir avorter, tu te rends compte ! »

« Hein ? Pourquoi avorter ? – Mais parce que, un enfant, ça se fait à deux ! Je ne vais pas faire un enfant toute seule, ce serait de la folie pure… – Oui. Sauf que tu es la nana la moins seule que je connaisse. Tes amis sont là, ta famille est là. Je suis là. Et je ne te lâcherai pas. Le fait que je ne veuille pas devenir père nous a coûté notre histoire. Ça ne doit pas te coûter ton envie d’être mère. » Ironie de l’histoire. Deux hommes, avec qui je n’avais plus de relation intime, venaient de me conseiller de porter l’enfant que je pensais ne plus vouloir… J’ai passé la nuit à cogiter et, dès le lendemain, ma décision était prise : oui, j’allais avoir cet enfant, et tant pis (tant mieux ?), ma vie ne ressemblerait pas à une pub Ricoré.

Xavier, le père d’adoption

La suite des événements est paradoxalement aussi fluide qu’elle aurait pu être chaotique. Ma grossesse se passe très bien, je suis en pleine forme et parfaitement sereine. Je vais, parfois seule, parfois accompagnée d’une soeur ou d’une amie, aux échographies ou aux cours de préparation à l’accouchement. Ayant toujours aimé sortir des clous, cette singularité finit par me plaire. Xavier, lui, est présent, mais sans trop l’être – redevenu célibataire depuis quelques années, il est resté en Espagne, ce qui aide, sans doute, à trouver la bonne distance. C’est mon enfant, aucune ambiguïté là-dessus, donc il me laisse mener ma grossesse exactement comme je veux. En revanche, il fait des sauts à Paris pour m’aider à monter le lit du bébé, essuyer mes larmes en cas de crise hormonale aiguë et, en fin de grossesse, il vient poser des pains de glace sur mes pieds démesurément gonflés par la rétention d’eau. Deux semaines avant le terme, il pose surtout ses valises à la maison. Au cas où… Puis viennent les premières contractions, le taxi en urgence et la maternité. Xavier et moi cachons notre fébrilité par les fous rires qui sont les nôtres depuis toujours. Le travail dure des heures, mais il a tout prévu pour tuer le temps : ma playlist préférée, mes séries fétiches, et même un jeu de cartes ! L’heure tourne, la douleur monte, la péridurale ne fait plus effet et je deviens de moins en moins fréquentable. Xavier ne sait plus quoi inventer pour me changer les idées. Régulièrement, il sort fumer une cigarette, calmer ses nerfs, et ceux de ma famille qu’il rassure par téléphone. Comme tous les pères, je suppose… D’où la confusion de la sage-femme. Qui finit par retrouver ses esprits et le sourire, face au duo inédit que nous formons. Milan vient d’arriver, la sage-femme fait un clin d’oeil à Xavier et l’interpelle : « Vous voulez couper le cordon ? » Il me regarde et demande doucement : « Je peux ? – Bien sûr… » Depuis, une chose est sûre, ce cordon-là sera le seul que Xavier ait coupé avec Milan. 

Vous avez envie de raconter votre histoire ? nos journalistes peuvent recueillir votre témoignage. écrivez-nous à [email protected] 

Retrouvez « C’est mon histoire » en podcast sur la chaîne iTunes de ELLE

Ce contenu est initialement apparu ici.

Veuillez noter que Dromabuzz est une plate-forme de curation et d’agrégation de contenu. Notre objectif est de promouvoir les meilleurs articles de différents sites utilisant l’intelligence humaine et artificielle. Si vous pensez que ce contenu devrait être retiré de la plate-forme, n’hésitez pas à contacter nos éditeurs.

Retrouvez les articles de Dromabuzz sur notre page Facebook.

Envie de réagir?

Lol ! Lol !
0
Lol !
J'adore J'adore
0
J'adore
Wouah Wouah
0
Wouah
Triste Triste
0
Triste
WTF WTF
0
WTF
Enervé Enervé
0
Enervé

Comments 0

C’est mon histoire : j’ai accouché avec mon ex

Connexion

Vous n'avez pas de compte?
Inscription

Réinitialiser le mot de passe

Revenir à
Connexion

Inscription

Revenir à
Connexion
Choisis un format
Test de personnalité
Sondage
Histoire
Top
Meme
Video
Audio
Image